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Pourquoi ? / 07

Ghosting : quand quelqu’un disparaît sans un mot

Pourquoi certaines personnes disparaissent sans explication, ce que cela fait à celle qui reste, et quelques pistes pour le vivre mieux.

6 min de lecture

Une conversation avançait bien. Puis plus rien. Vous relisez votre dernier message, vous vérifiez qu’il est bien parti, vous attendez. Les jours passent. Personne ne vous dira pourquoi.

Ce silence a un nom : le ghosting. Il n’est pas né avec les applications de rencontre, mais il y trouve un terrain facile : quand on se connaît à peine, disparaître ne coûte presque rien.

Qu’est-ce que le ghosting ?

Dans leur étude, Luca Pancani et ses collègues le définissent comme le fait de mettre fin à une relation sans s’expliquer, en évitant toute tentative de communication. Ils décrivent aussi une variante, l’« orbiting » : la personne disparaît de la conversation, mais continue de suivre l’autre, visiblement, sur les réseaux sociaux.

Pourquoi certaines personnes disparaissent

Leah LeFebvre et ses coauteurs ont interrogé 99 jeunes adultes sur leurs expériences de ghosting. Leur étude est qualitative : elle ne mesure pas la fréquence de chaque raison, elle dégage des thèmes. Cinq reviennent dans cet échantillon :

  • la facilité : disparaître semble plus simple qu’une conversation qui pourrait devenir émotionnelle ;
  • une baisse d’attirance ou d’intérêt ;
  • une interaction jugée négative ;
  • l’état de la relation : une relation jugée trop peu engagée pour justifier une explication ;
  • la sécurité : se retirer sans s’exposer.

Elisabeth Timmermans, Anne Mette Hermans et Suzanna Opree, qui ont interrogé 328 utilisateurs d’applications de rencontre, apportent une nuance importante : la personne qui disparaît n’agit pas forcément avec l’intention de blesser.

Enfin, Gili Freedman et ses coauteurs ont observé, dans deux enquêtes en ligne, que les personnes qui pensent que deux partenaires sont « faits ou non » l’un pour l’autre jugent le ghosting plus acceptable, et déclarent plus souvent y avoir eu recours.

Ce que ça fait à la personne qui reste

Pancani et ses collègues ont analysé les récits de 208 jeunes adultes, invités à se souvenir d’un ghosting, d’un orbiting ou d’un rejet exprimé directement. Ils proposent un modèle en plusieurs temps : la surprise et la confusion, puis la colère, la tristesse ou la culpabilité, puis des tentatives pour renouer, et enfin l’acceptation. C’est un modèle possible, pas un parcours que chacun suivrait dans cet ordre.

Les chercheurs rapprochent le ghosting de l’ostracisme, le fait d’être ignoré ou exclu. Timmermans, Hermans et Opree notent de leur côté que l’expérience peut toucher l’estime de soi.

Quelques pistes qui peuvent aider

Les études décrivent le ghosting plus qu’elles ne donnent de mode d’emploi. Ces pistes sont donc nos conseils, appuyés sur ce qu’elles observent.

Ne pas prendre le silence pour un verdict sur vous. C’est un conseil, pas un résultat d’étude. Mais les raisons rapportées par ceux qui disparaissent parlent souvent de leur propre situation : la facilité, une baisse d’intérêt, une relation jugée peu engagée.

Laisser du temps à ce que vous ressentez. Confusion, colère, tristesse : le modèle de Pancani et ses collègues décrit ces réactions comme fréquentes, et montre qu’elles peuvent mener à l’acceptation.

Si vous voulez arrêter, un message court suffit. C’est notre conseil : quelques mots honnêtes ferment la porte plus doucement qu’un silence. Avec une exception claire : si vous ne vous sentez pas en sécurité, vous ne devez aucune explication.

Et si un ghosting vous pèse longtemps, au point de déborder sur le reste de votre vie, en parler à un médecin ou à un psychologue reste la meilleure piste.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le ghosting ?

Mettre fin à une relation, ou à une conversation, sans explication, en cessant de répondre et en évitant tout contact.

Pourquoi certaines personnes disparaissent-elles ?

Dans l’étude de LeFebvre et ses coauteurs, les raisons évoquées sont la facilité, une baisse d’attirance ou d’intérêt, une interaction jugée négative, l’état de la relation et la sécurité. La personne qui disparaît n’agit pas forcément avec l’intention de blesser.

Faut-il relancer après un ghosting ?

Aucune étude ne fixe de règle. Notre conseil : un seul message, sans reproche. S’il reste sans réponse, gardez votre énergie pour quelqu’un qui est là.

Le ghosting est-il toujours une faute ?

Non. Face à quelqu’un d’insistant ou de menaçant, se retirer sans s’expliquer peut être une façon légitime de se protéger. C’est d’ailleurs l’une des raisons relevées par LeFebvre et ses coauteurs.

  1. L. E. LeFebvre, M. Allen, R. D. Rasner, S. Garstad, A. Wilms & C. Parrish, « Ghosting in Emerging Adults’ Romantic Relationships: The Digital Dissolution Disappearance Strategy », Imagination, Cognition and Personality, 39(2), 2019. Étude qualitative auprès de 99 jeunes adultes. Voir l’étude.
  2. E. Timmermans, A. M. Hermans & S. J. Opree, « Gone with the wind: Exploring mobile daters’ ghosting experiences », Journal of Social and Personal Relationships, 38(2), 2021. 328 utilisateurs d’applications de rencontre. Voir l’étude.
  3. L. Pancani, D. Mazzoni, N. Aureli & P. Riva, « Ghosting and orbiting: An analysis of victims’ experiences », Journal of Social and Personal Relationships, 38(7), 2021. Récits de 208 jeunes adultes. Voir l’étude.
  4. G. Freedman, D. N. Powell, B. Le & K. D. Williams, « Ghosting and destiny: Implicit theories of relationships predict beliefs about ghosting », Journal of Social and Personal Relationships, 36(3), 2019. Deux enquêtes en ligne. Voir l’étude.
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